Chaque jour, à Taden en Bretagne, la Blanchisserie des Pays de Rance traite le linge d’une quarantaine d’établissements sanitaires et médico-sociaux, dont 28 EHPAD. Un volume conséquent, qui place la structure au cœur de l’organisation territoriale des soins et de l’accompagnement. Derrière cette activité, un modèle de mutualisation inscrit dans une logique de service public, sans recherche de profit. « Les tarifs sont établis sur la base d’un budget prévisionnel, puis ajustés en fin d’exercice pour garantir l’équilibre », explique Guillaume Baldinho, le directeur opérationnel. Créée en 2004 à l’initiative des centres hospitaliers de Saint-Malo et de Dinan, de la fondation Saint-Jean-de-Dieu de Léhon et de l’EHPAD du Minihic-sur-Rance, la blanchisserie a progressivement fait évoluer son activité. Longtemps centrée sur le linge hôtelier, elle intègre désormais pleinement le linge des résidents, devenu un axe stratégique de développement.
Un défi devenu moteur d’innovation
Avec près d’une tonne de linge résident traitée chaque jour, ce segment constitue désormais un enjeu majeur pour la Blanchisserie des Pays de Rance. « Les EHPAD représentent une part importante de notre activité, souligne Guillaume Baldinho. Cela nous conduit à innover, car les contraintes sont plus importantes et les flux plus complexes. » Contrairement au linge plat, ce linge-là n’a effectivement rien de standard. Varié, fragile, chargé d’une dimension personnelle forte, il bouscule les logiques industrielles classiques. Plutôt que de segmenter ou d’externaliser ces textiles particuliers – ce qui reviendrait à « contourner la difficulté » – la BPR a fait un choix radical. « Nous avons abordé cette problématique de manière inverse, explique Jean-Philippe Niquel, responsable adjoint. Puisqu’il fallait traiter du linge fragile, autant l’intégrer totalement à nos process. » Depuis plusieurs années, et de façon plus soutenue ces cinq dernières années, la blanchisserie a ainsi engagé une transformation profonde de ses pratiques afin d’assurer une prise en charge complète, sans exception.
Accepter tous les textiles, sans complexifier les organisations
L’une des évolutions majeures réside dans la capacité de la BPR à prendre en charge l’ensemble des types de linge. « Aujourd’hui, la totalité des vêtements intègre le flux industriel, de la chaussette au pull en laine », précise Jean-Philippe Niquel. Bas de contention, sous-vêtements, textiles Thermolactyl ou lainages… tous les articles sont désormais traités. Les pièces fragiles sont identifiées grâce à des étiquettes explicites, évitant le recours aux codes couleur. « Les pastilles de couleur peuvent prêter à confusion. Les étiquettes avec mentions écrites sont plus lisibles par tous, les agents de la blanchisserie, les familles et les équipes soignantes », ajoute Guillaume Baldinho. Ce choix d’exhaustivité répond à une attente forte des établissements et des proches.
Une industrialisation au service de la personnalisation
« Notre objectif est de permettre au résident de conserver son linge personnel tout en garantissant un traitement d’une qualité irréprochable », souligne le responsable. Pour y parvenir, la blanchisserie s’appuie sur des équipements adaptés et un système de traçabilité performant. Tous les vêtements sont identifiés grâce à des puces RFID UHF, complétées par des QR codes pour les sous-vêtements afin de limiter l’inconfort. Les établissements adhérents disposent d’un code d’accès disponible 24h/24, leur permettant de suivre la traçabilité du linge et de consulter le trousseau du porteur afin de le transmettre aux familles. « Chaque pièce est qualifiée dès son entrée. Elle est identifiée et décrite, et cette information est accessible et opposable pour les familles », précise Guillaume Baldinho. Le trieur automatisé, capable de gérer jusqu’à 10 000 pièces, assure un tri complet par établissement, service et porteur. Ce dispositif de traçabilité permet de reconstituer automatiquement le trousseau de chaque résident à chaque passage en blanchisserie pour la restitution dans l’établissement adhérent « Le linge est livré prétrié et dans l’ordre de distribution prévu, ajoute-t-il. Cela représente un gain de temps significatif pour les équipes en établissement, et limite fortement les risques d’erreurs ou d’oublis. »
Des process simplifiés pour les établissements
Au-delà de la performance technique, la BPR s’attache à simplifier le quotidien des établissements. Le tri en amont a été rationalisé : seuls le linge plat et le linge des résidents sont désormais distingués. Certains usages historiques ont également été questionnés, comme les sacs de chambre. « Nous avons proposé de les supprimer, car la manipulation du sac par les équipes pendant la distribution froisse le linge », explique Jean-Philippe Niquel. La décision reste toutefois du ressort des établissements. « Chaque structure conserve sa liberté d’organisation, avec ou sans sacs, selon ses besoins », complète Guillaume Badinho. Cette souplesse s’inscrit dans une organisation logistique rigoureuse, avec des tournées standardisées, des horaires fixes pour chaque établissement et un délai de traitement maîtrisé. « Nous veillons à ce que le linge ne reste pas plus de deux jours chez nous », indique le directeur opérationnel. Les établissements adhérents à la BPR bénéficient ainsi d’un circuit simplifié, plus lisible et moins contraignant pour les équipes.
Qualité de traitement et amélioration continue
Sur le plan technique, la blanchisserie a repensé l’ensemble de sa chaîne de traitement. Le linge circule désormais dans un flux unique, avec deux programmes de lavage seulement : un cycle classique et un cycle délicat. Le tunnel de lavage a été adapté pour préserver les textiles fragiles, notamment grâce au lavage à froid pour les cycles sensibles et à un contrôle précis des températures. Les séchoirs industriels fonctionnent à très basse température, tandis que la finition est assurée par vaporisation à 5 bars en tunnel de finition. « La vapeur permet à la fois de défroisser et d’apporter une réelle qualité au traitement du vêtement », explique Jean-Philippe Niquel. Elle est également utilisée pour désinfecter les équipements et les chariots. « La réduction de la chimie est aussi mieux perçue par nos adhérents, elle permet désinfecter tout en limitant le recours aux produits chimiques », ajoute-t-il. Cette recherche d’optimisation permanente s’inscrit dans une démarche d’amélioration continue, avec l’objectif d’étendre toujours plus la prise en charge des articles résidents « afin de répondre aux demandes des établissements adhérents ». « C’est un projet en évolution permanente, insiste Guillaume Baldinho. Nous y travaillons depuis des années, et il n’est jamais totalement achevé. »
Un levier de fidélisation et de qualité de service
Si le linge des résidents génère un coût de traitement plus élevé que le linge plat, il constitue aussi un levier de fidélisation important. « Le linge hôtelier apporte du volume, mais le linge résidents nous permet de proposer une offre réellement complète, analyse Guillaume Baldinho. C’est un service différenciant pour les établissements. » Il contribue également à mieux absorber les aléas du quotidien, notamment les erreurs de tri en EHPAD. « Le fait de centraliser l’ensemble du traitement sur un même site simplifie considérablement la gestion de ces situations et réduit les pertes de linge pour les familles », ajoute-t-il.
Une démarche responsable tournée vers l’avenir
Cette approche par service global s’accompagne d’une attention accrue portée à l’impact environnemental : la BPR a résolument inscrit son développement dans une démarche responsable. La consommation de plastique a ainsi été fortement réduite, passant de 12 tonnes à 600 kilos par an. La mutualisation du traitement permet également de limiter les besoins en eau. « Une blanchisserie industrielle consomme entre 5 et 6 litres d’eau par kilo, contre environ 20 litres en traitement interne en EHPAD », rappelle Jean-Philippe Niquel. Optimisation des tournées, réduction des transports, adaptation des contenants… L’ensemble de ces actions contribue à diminuer l’empreinte environnementale de l’activité. Dans cette dynamique, la blanchisserie entend poursuivre le développement de ses services, notamment autour de la valorisation des données et de l’accès à l’information pour les familles et les résidents. « Notre objectif est d’améliorer en continu la prise en charge du linge des résidents, et d’aller toujours plus loin dans la qualité de service », conclut Guillaume Baldinho.
> Article paru dans Ehpadia #43, édition d'avril 2026, à lire ici
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